La nature en partage

“Un rêve se réincarner en brouillard lui seul s'immisce dans les replis du paysage, s'incorpore au moindre secret.” 

 

—  Sylvain Tesson "les chemins noirs"

Le brame du cerf.

Rendez-vous d'automne dans les Alpes du Sud

Chaque saison l'automne commence par un rendez-vous incontournable des amoureux de nature : la brame du cerf.

Le sujet pour le photographe est classique mais bien évidemment l'affaire se corse dés qu'il s'agit d'approcher ces animaux en milieu ouvert hors propriété privée ou parc animalier et en nature il s'agit souvent d'un véritable défi, en tout cas une excellente école pour le photographe car la moindre erreur d'approche ou de camouflage se paye immédiatement par le départ du sujet convoité.

Il faut s'imaginer seul la nuit, au cœur d'une forêt obscure pour que nous soyons remis à notre place, dérisoire et fragile, entièrement soumis à la nature.

“Il faut s'imaginer seul la nuit au coeur d'une forêt obscure pour que nous soyons remis à notre place, dérisoire et fragile, entièrement soumis à la nature” 

 

—  L'automne, la saison du brame

6 h du matin j'arpente déjà un alpage à découvert avant d'entrée dans un sous bois, il fait doux et la nuit résonne du brame des cerfs comme autant d'échos qui se répondent. J'éteins ma lampe au débouché d'un petit col et m'approche de la place de brame, les raires deviennent plus puissants et pénétrant.

Il faut faire attention et soigner son approche, être à bon vent, et silencieux.

Je me glisse entre les arbustes pour rejoindre mon poste d'affut. Tout n'est qu'ombres diffuses mais j'aperçois au loin les sommets s'iriser d'un bleu moins profond que la nuit. Bientôt le jour va se lever. Ne pas aller vers l'animal mais attendre qu'il vienne.

Etre mimétique, immobile, à l'écoute de la nature faire corps avec elle, se faire oublier, c'est tout les secrets d'un bon affut. Il faudra encore déjouer l'attention des biches gardiennes de la place, ne pas déclencher, attendre, puis avec de la chance la photo commence. Je déclenche le plus souvent dans les brames pour masquer le bruit du déclencheur, mode quiet pas de rafale, quand l'animal passe au plus près on se sent désarmé devant sa puissance, et une possible charge.... Chaque automne c'est toujours la même émotion.

Le jour se lève

Des ombres et des raires puissants m'accompagnent

Retour d'affut.

Clap de fin : le soleil s'est élevé au dessus des montagnes, et la douce lumière d'automne envahie l'alpage...

On ressent la fatigue au moment de remonter la pente, chargé de tout le matériel photo, mais les images sont autant dans la tête que dans le boitier photo, quel beau moment en montagne ! On s'est enivré de choses indéfinissables, la douceur d'une nuit mais aussi son mystère et ses angoisses que lève peu à peu l'astre solaire afin que tout recommence...

La quête du tétras

J'ai le souvenir de mes premières tentatives de photos de Tétras Lyres où petits coqs de bruyères comme ceux où j'ai du essuyer de nombreux échecs dans les matins froids d'avril et mai. Par la suite on acquiert suffisamment de connaissance de l'espèce et des sites de présence pour faire des photos de l'oiseau mais les images de Tétras se méritent et s'obtiennent souvent au prix de beaucoup d'effots.

première apparition

Dans le petit matin blème

le jour ne s'est pas encore levé, c'est d'abord des roucoulements incessants, des vols lourds qui s'abattent sur les arbres, avant les premiers posés au sol.

En l'absence de lumière les boitiers photos sont poussés aux limites, ici photo à 25600 isos et vitesse lente.

        La sortie hivernale

La sortie hivernale demande une bonne préparation au niveau de son matériel, d'abord l'équipement et la tenue vestimentaire doivent bien être réfléchis, il faut lutter contre le froid, voire le vent et la neige si nécessaire pendant de longues heures, la veste gore tex semble indispensable de même au minimum deux paires de gants étanches avec des sous gants ou des gants fin suffisamment souple pour la photo, ensuite il faut chercher à protéger son matériel au minimum par une housse anti-pluie, bien que le matériel professionnel soit réputé étanche, on est jamais à l'abri d'une mauvaise surprise. Pour des postes prolongés sous la neige un grand parapluie peut-être une bonne idée pour éviter les accumulations de neige sur le matériel. J'ai pu vérifier par moi même la solidité et l'étanchéité du matériel photo Nikon sans aucune protection sous la neige, mais les réparations demeurent coûteuse autant éviter de prendre des risques en exposant boitier et objectif à des conditions trop extrêmes.

Sur la trace du renard...

Vallé de la Tinée vers 1800 m d'altitude hiver 2019

Et celle du loup

Je pars souvent seul en montagne, mais parfois il ne faut pas bouder son plaisir de partager sa passion en sortant avec d'autres amis photographes naturalistes, les randos sont alors plus détentes on n'a pas les mêmes objectifs, on échange nos expériences et c'est toujours enrichissant

Photo Hervé Foltz

Lors de cette sortie, entre amis nous avons tous d'abord remarqué au sol sur la neige des traces pouvant être celles d'un loup, puis guère plus loin, des trainées de sang remontant un talus, traces que nous avons suivies en pensant trouver une carcasse, quelle ne fut pas notre surprise et notre émotion de surprendre deux aigles royaux sur les restes d'une biche. Cette biche venait d'être prédatée par le loup probablement dans la nuit, nous ne parvinrent pas à faire la moindre photos des aigles en train de se nourrir tant le jaillissement de cette scène fut brutal et le départ des rapaces devant nous, fulgurant.

Photo Hervé Foltz

L'hiver réserve bien des surprises, le pouvoir évocateur de certaines scènes est riche en émotion, on pense aux loups, à son attaque implacable, à son extraordinaire image, à son mystère, on ne le voit pas, mais il est là... Une vie s'arrête, d'autres continuent.

Et nous photographes...Témoins d'un jour, nous penserons à ces images, celles que nous avons dans nos têtes, que nous n'avons pas faites, que nous aurions du faire, que nous ferons un jour...

Ah si l'aigle et le loup avaient été là dans le prolongement de notre œil ! Nous voilà sur le chemin du retour, la neige tombe, la vallée est prise dans cette sorte de torpeur hivernale, où tout est étouffé, sauf le cri de deux aigles et le spectre du loup, j'ai encore chaud quand j'y pense !

Automne 2019

Observation rapaces

Photo Hervé Foltz

                                           © Alain Alary

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